Bonjour, voici une lettre écrite par un professeur de Valleyfield à l'intention des étudiants qui se préoccupent à savoir si leur session sera annulé ou non .... Je suis contre la grève et cette lettre m'a quelque peu réconforté !

Donc voici la lettre :

Bonjour, puisque je connais votre engagement dans la grève actuelle, je vous écris pour vous faire part des faits et des possibilités en ce qui a trait à une éventuelle annulation de la session. Peut être savez-vous déjà tout ce que je vais vous dire, mais en discutant avec d'autres, je me suis senti dans le besoin d'apporter des précisions et des éclaircissements.

Il règne en fait un certain obscurentisme à ce propos. Le Ministre Fournier répète à qui veut bien l'entendre que les étudiants mettent leur session en danger, que dépasser une certaine limite, il n'hésitera pas à annuler la session.

C'est d'ailleurs un des arguments, sinon le principal argument, que les opposants à la grève font valoir. Qu'en est-il exactement? La session peut-elle vraiment être annulée si la grève se poursuit la semaine prochaine? Les étudiants doivent-ils craindre quelque chose à ce propos ?

Pour vous éclairer, voici les faits et les différentes possibilités. Si, à Valleyfield, la grève se poursuit au-delà du mercredi 16 mars, le nombre de journées reprises viendra qu'à dépasser la date fatidique du 15 juin, journée où les professeurs tombent en vacance. En fait, pour l'instant, ce ne sont pas des journées d'examens ou de cours qui excèderaient le 15 juin, mais plutôt une partie des 5 journées de correction que la Direction doit obligatoirement allouer aux professeurs après la scéance d'examen. Ainsi, en cas de prolongation de la grève, uniquement 4 différentes possibilités pourraient être envisagées. Je les mentionne pour ensuite en faire une analyse:

1- la session se poursuit normalement au delà du 15 juin et les professeurs sont alors payés en temps supplémentaire.

2- la session s'arrête temporairement le 15 juin et recommence le 16 août, date où les professeurs reviennent de vacance.

3- un décret gouvernemental fait en sorte de modifier exceptionnellement la loi sur les collèges en décretant que la session comportera "x" nombre de journées de classe plutôt que les 82 que la loi prévoit. Ce "x" est évidemment inférieur à 82.

4- la session est annulée par le ministre.

Analyse: La première possibilité peut paraître la plus réalisable d'un point de vue externe. Mais il n'en est rien: les budgets des Collèges sont serrés et payer tous les professeurs en temps supplémentaire coûterait très cher. À une époque où le gouvernement surveille toutes ses dépenses et où il n'offre aucune augmentation salariale à ses employés depuis 3 ans, cette possibilité apparaît tout simplement non-valide. Et de l'avis même de notre Directeur Général, cette possibilité doit être négligée.

La deuxième possibilité paraît loufoque, entre autres si, par exemple, les cours se terminaient le 15 juin et que les examens avaient lieu à partir du 16 août. Cette possibilité comporte également un lot de problèmes administratifs: la remise des notes se feraient très tardivement, l'ensemble des structures scolaires en serait affecté, que faire avec les échecs ?, comment planifier les nouveaux horaires ?, faudrait-il également retarder la session d'automne ?, etc.

Pourtant, en 1996, c'est cette possibilité qui a prévalu. Il s'agissait toutefois alors de la session d'automne qui se termina au milieu de janvier, et cette grève avait été plus courte que celle d'aujourd'hui. Ce n'est donc pas le même contexte.

Avant d'examiner la troisième possibilité, j'aimerais démontrer la quasi-impossibilité de la quatrième. En annulant la session, le ministre retarderait l'arrivée à l'université de plusieurs étudiants, il empêcherait plusieurs étudiants de travailler, il nuirait énormément au recrutement dans plusieurs entreprises, il se donnerait de nouveaux coûts astronomiques puisque la session devra être reprise (si l'étudiant paye un peu pour être aux études, l'État paye beaucoup plus pour chaque étudiant), il risquerait des poursuites juridiques par des regroupements d'étudiant faisant des recours collectifs pour un remboursement de leurs frais de scolarité (les étudiants perderaient peut être ces recours, mais le simple fait que ces recours se produiraient salirait le gouvernement pour très longtemps, en plus de lui être on ne peut plus dispendieux en frais d'avocat de toute sorte, etc.), etc., etc.

En fait, il ne faut pas un gros cours de mathématique ou de philo pour s'apercevoir que les coûts (financiers et autres) engendrés par l'annulation de la session EXCÈDERAIENT de loin 103 millions... Devant ces faits, la possibilité d'annuler la session devient ridicule (et certains de ces faits rendent aussi invalide la deuxième possibilité).

Lorsque le Ministre dit que la session pourrait être annulée ou encore poursuivie en août, il ment, c'est de la propagande fallacieuse, et cela doit être dit, redit, relevé et souligné.

Pourquoi ce mensonge? Cette tromperie est l'arme du gouvernement pour faire peur aux étudiants. "Politique 101": pour bien comprendre le sens d'un énoncé d'un acteur politique, il ne faut pas analyser l'énoncé pour lui-même, mais bien toujours porter notre regard sur l'effet qu'il tente de produire. Ainsi, la désinformation véhiculée par le ministre ne vise qu'un seul objectif: un effet de crainte et de peur (et à entendre plusieurs étudiants, cet effet est prodigieux...). Or, la crainte et la peur peuvent être des armes redoutables, mais qui ne font heureusement pas le poids devant la patience de l'analyse rationnelle des faits et arguments.

En vérité, la possibilité d'annuler la session DOIT ÊTRE COMPRISE COMME UNE ARME DES ÉTUDIANTS BIEN PLUS QU'UN ARGUMENT RAISONNABLE DE LA PART DU GOUVERNEMENT. Autrement dit, ce ne sont pas les étudiants qui ont à craindre une éventuelle annulation de la session, mais bel et bien le gouvernement qui a ici tout à perdre. En ce sens, les étudiants ont actuellement un rapport de force puissant. En poursuivant la grève, ils mettent une pression énorme sur le gouvernement: les autorités universitaires s'inquiètent, les directions collégiales se demandent quoi faire, les entreprises ne cessent de le contacter, les employeurs d'été ne peuvent se passer des étudiants, ses coûts augmentent, le système administratif au complet est inefficace ou bloqué, il continue de se mettre la population à dos, etc., etc.

Ces pressions sont fortes et doivent être mentionnées pour maintenir le courage, le dynamisme et l'enthousiasme des grévistes. Évidemment que le ministre n'ira jamais en parler ouvertement. Il va se montrer paternaliste, parfois scandalisé, toujours innocent. Reste donc la troisième possibilité: diminuer le nombre de journées scolaires de la session. C'est cette possibilité qui a plus souvent qu'autrement prévalu lors de longues grèves. Les professeurs s'en accomoderaient, les directions scolaires seraient satisfaites, les employeurs seraient soulagés, certains étudiants seraient très heureux. Suite à cette analyse, c'est cette possibilité qui paraît la plus raisonnable, et donc la plus souhaitable et envisageable.

J'avoue cependant que le raisonnable n'est peut être pas la chose du monde la mieux partagée..., mais en démocratie, il faut présupposer le contraire. En espérant vous avoir renseignés, faites circuler ce message si vous le juger pertinent.

Au revoir, bon courage, Philippe Dumesnil, 10 mars 2005